Expérience de vie n°3: Mon expérience de petite sœur a forgé ma personnalité

Bande Annonce:

Interview complète:

 

Version texte:

Voix off Michaël :

C’est au cours d’une discussion au coin du feu que nous découvrons une partie de la vie secrète d’Audrey.

Son expérience de petite sœur est une des plus importantes lignes conductrices de sa vie. C’est enfoui au fond d’un cœur de pierre précieuse que se cache un amour infini pour ses proches.

Avec courage et authenticité, elle ose se confier, partagez, aimer le temps de quelques mots.

Elle est et restera au moins pour cette vie, cette âme de petite sœur qui n’a pas fini d’apprendre et de découvrir au travers de tout l’amour qu’elle a à nous offrir.

Michaël :

Bonjour et bienvenue à vous sur le coup d’œil qui inspire ! Souvent la vie se forme sur des petits aspects et en sort de grandes émotions. Au niveau de ces émotions-là, j’ai Audrey avec moi qui va partager une de ces expériences.

Une expérience qui paraissait à une époque anodine et qui, au fil du temps a forgé sa personnalité et sa vie.

Et donc tu es là pour nous en parler, bonjour Audrey !

Tu es là pour nous parler en particulier de ta vie mais surtout d’un moment précis enfin du moins d’une période précise c’est-à-dire ton parcours de petite sœur.

Pour connaître ce parcours il faut d’abord savoir un petit peu qui tu es et qui peut-être tu étais – je ne sais pas si il y a une différence entre ce que tu étais et ce que tu es aujourd’hui mais est-ce que tu pourrais nous partager ta personnalité – la personne que tu es depuis que tu es toute petite.

Audrey :

Depuis toute petite, je suis une personne assez introvertie – très calme, très fermée sur elle-même et en même temps j’ai depuis toujours mes propres convictions, mes propres croyances. Je n’ai pas peur de les exposer auprès de ma famille ou auprès des autres.

Mais j’ai un peu un double aspect : vraiment un côté très renfermée sur moi-même, très calme et puis un autre côté, pas extravertie, mais sûre de soi, confiance en soi et ce sont toujours ces deux aspects qui se sont affrontés tout au long de mon enfance.

Du coup c’était assez perturbant pour ma famille ou pour moi même parce que justement suivant dans quel état j’étais, ce qui m’entoure et dans quel contexte, je pouvais montrer l’un ou l’autre visage. C’était donc perturbant pour ma famille mais aussi pour moi parce que je ne changeais pas de visage comme je voulais – ce sont vraiment les faits extérieurs qui faisaient que je montrais tel ou tel visage.

Après dans ma famille du coup j’étais au niveau émotionnel très fermée. J’exprimais pas du tout mes sentiments ce qui m’a valu longtemps le surnom de cœur de pierre. Dans ma famille c’était « Audrey cœur de pierre », elle ne pleure jamais.

Michaël :

Tu n’avais pas d’émotions qui transparaissent de toi finalement ?

Audrey :

Pas d’émotions positives ou d’amour en tout cas. Les émotions qui ressortaient le plus c’était souvent la colère, la jalousie.

Michaël :

Avec le recul comment ça s’est construit ?

Audrey :

Je pense qu’avec le recul que j’ai aujourd’hui, j’avais ce double affrontement au sein de moi-même.

Je n’étais pas bien au fond de moi et je ne comprenais pas pourquoi j’étais comme ça. Et forcément ma famille ne pouvait pas le comprendre non plus parce que je ne m’exprimais pas ou en tout cas je n’étais pas suffisamment à l’aise pour m’exprimer. Je sentais que ça venait de moi. Je n’avais pas envie de l’aide des autres. Dans la bouche d’une enfant c’est un peu perturbant de se dire ça mais moi c’est ce que je ressentais. J’avais l’impression que ça venait de moi et du coup il y avait que moi qui pouvais le solutionner.

Michaël :

C’était un blocage de communication.

Audrey :

Oui et cette colère et cette jalousie que j’ai développé au fur des années ça a ancré ce blocage.

Mes parents sont issus d’un milieu agricole, ils ont grandi dans la campagne. C’était à une époque où les premiers enfants avaient le droit à l’éducation et puis les autres ils se débrouillaient un peu. Et puis il y avait de l’amour mais c’était jamais montré. Dans les milieux agricoles comme ça, le contexte de vie était rude donc il y avait de l’amour mais c’était jamais exprimé. Mes parents ont grandi dans ce contexte là et nous après on vivait en campagne et c’est vrai qu’il avait de l’amour mais ils le montraient peu.

Michaël :

Ils étaient assez pudiques.

Audrey :

Oui même si voilà on pouvait faire des câlins et tout mais c’est vrai que moi je bloquais à ce niveau-là.

Michaël :

Donc quand on regarde, tu te considérais un peu comme un cœur de pierre mais tout ce qui t’a construit là-dessus c’est aussi cet aspect de petite sœur. C’est ce dont tu voulais nous parler principalement aujourd’hui.

Si on devait voir le point de vue de la petite sœur sur cette période d’enfance, ce serait lequel ?

Audrey :

Je pense que justement mes parents voulaient nous éduquer d’une manière juste vu qu’ils avaient eu des différences entre frères et sœurs à l’époque. Ils souhaitaient vraiment nous éduquer à partir des mêmes bases, nous donner le même accès à l’éducation, les mêmes droits, les mêmes valeurs.

Ils avaient un fort souci d’égalité entre ma sœur et moi. S’ils achetaient un petit truc à ma sœur, ils se sentaient obligé de m’acheter aussi quelque chose pour que ce soit égalitaire entre nous. Justement qu’il n’y a pas de la jalousie qui se développe et ça s’est quand même développé. Vu qu’on avait deux personnalités différentes ma sœur et moi même si on a reçu une éducation commune, on était deux enfants très différents – on n’avait pas les mêmes besoins.

Moi j’ai développé cet aspect cœur de pierre sur la base de la colère et la jalousie parce que finalement ce modèle d’égalité ne me convenait pas, j’avais besoin d’autre chose que ma sœur n’avait pas forcément besoin et inversement.

C’était surtout ça en fait : j’ai ce sentiment que mes parents avaient un fort souci d’égalité dans l’éducation parce qu’eux n’en avaient pas eu mais ça ne me correspondait pas.

Michaël :

Parce que de toute façon vous êtes deux personnalités différentes donc obligatoirement on ne peut pas avoir la même approche entre deux personnes mais ce n’est pas une évidence non plus.

Audrey :

Non ce n’est pas une évidence et je pense que beaucoup de familles de la même génération que moi ou que mes parents voulaient vraiment éduquer leurs enfants sur les mêmes bases, leur donner les mêmes chances de réussir. C’était dans un but d’amour et une volonté de faire différemment de ce qu’ils ont reçu.

Et ça a toujours créé un certain déséquilibre chez moi et je pense qu’il y a beaucoup de familles comme moi et surtout beaucoup d’enfants second qui ont ce sentiment d’avoir eu les mêmes choses que leurs frères et sœurs mais que ça ne leur convenait pas parce que ça ne correspondait pas à leur besoins.

Michaël :

On va dire que tu as vieilli, tu as mûri. En grandissant tu t’es rendu compte de choses donc est-ce que tu pourrais nous expliquer un peu le parcours que tu as fait ? Comment tu l’as parcouru pour pouvoir justement prendre conscience de toutes ces choses ?

Audrey :

Il y a déjà eu un premier pas où je me suis dit « ouch » c’est quand ma sœur finalement est arrivée aux études, elle est partie de la maison et là je me suis retrouvée toute seule avec mes deux parents. En fait ma sœur était malencontreusement comme mon punchingball, c’était la première à subir mes assauts parce qu’elle représentait le fait qu’on avait deux personnalités différentes – elle incarnait le modèle que mes parents lui avaient donné et depuis toute petite ce modèle lui convenait et forcément mes parents m’ont appliqué le même modèle mais j’étais différente donc on se confrontait. Vu qu’elle était très à l’aise dans ce modèle alors toute ma jalousie se portait sur ma sœur. Et juste avant qu’elle parte aux études, qu’elle quitte le cocon, on avait atteint un summum de jalousie ou finalement elle ne vivait plus, j’étais devenu très exécrable parce qu’intérieurement je n’arrivais pas à m’exprimer. Je faisais porter le fardeau à ma famille et ma sœur était en première ligne.

Je sais que cela a gâché son adolescence parce que justement elle commençait à sortir mais vu que moi j’étais en colère et à la fois rempli de peur je ne pouvais pas rester toute seule par exemple – même à 13-14 ans

Michaël :

Elle te voyait comme une égoïste

Audrey :

Oui voilà. A la fois j’étais très tétue et à la fois j’avais des peurs irraisonnées genre à 14 ans ne pas pouvoir rester toute seule ce n’est pas normal et du coup ma sœur a été obligé de me garder ce qu’il l’a privé de son envol en tant que jeune femme.

Michaël :

Donc c’est à ce moment-là que la jalousie est au summum, quand elle est partie ?

Audrey :

Oui, finalement je me suis retrouvée un peu sans repère, c’était vers elle que je dirigeais ma jalousie et toute ma colère parce que le modèle ne m’allait pas alors qu’elle ça lui convenait. Quand elle est partie je me suis donc retrouvée toute seule et finalement même si je lui faisais du mal c’était dans mon sens lui apporter de l’importance mais c’était mal exprimé. Je faisais avec ce que ce que je vivais intérieurement.

Je me suis donc demandée pourquoi autant de colère pourquoi autant de jalousie où est-ce que ça va m’amener d’agir comme ça ? C’était le premier pas de prise de conscience car finalement quand elle n’est pas là je me suis rendue compte qu’elle me manquait. J’aurais peut-être pu construire quelque chose de différent parce qu’à ce moment il y avait quelque chose de cassé.

Ensuite la deuxième Étape ça a été l’avant et le divorce de mes parents

Michaël :

Donc tes parents ont divorcés, qu’est-ce que ça t’a provoqué ?

Audrey :

Ils ont divorcés oui, c’était leur histoire et leur vie comme beaucoup de parents et cette étape m’a permis de me retrouver.

J’ai vu la dégression de communication entre mes parents, l’amour qui n’était plus présent et à ce moment je me suis encore plus fermée sur moi-même et à la fois quand le divorce fut prononcé c’était comme un soulagement, je me suis ouverte sur moi-même. Ça a donné un autre cran à toute cette compréhension de moi-même : pourquoi j’étais comme ça. En fait c’est au divorce j’ai découvert vraiment mes parents c’est-à-dire que je les ai vu autrement que « papa / maman ». Vu que j’étais encore au lycée, je suis restée vivre avec mon père et ma mère je la voyais quelques week-ends jusqu’à temps que je parte aux études. À chaque fois je me retrouvais seule avec mes parents. J’ai commencé petit à petit à les voir autrement et à les comprendre. Vu qu’il était dans un moment charnière de leur vie où justement eux-mêmes n’étaient plus parent, ils n’étaient plus mari et femme, ils se retrouvaient tout seul eux aussi. Ils ont fait apparaître un visage qui m’a permis de me rapprocher d’eux dans le sens où ils ont exposés leurs faiblesses et je me suis dit peut-être que moi aussi j’ai le droit, j’ai le droit d’exprimer qui je suis parce que finalement ils ont commencé à travailler sur eux – pourquoi ils ont eu cet échec dans leur vie etc

C’était ça la deuxième étape.

Michaël :

Je ne dirais même pas que c’est un échec, c’est un passage et c’est une expérience. C’est quelque chose de normal finalement. Quand effectivement on ne peut plus réellement vivre ensemble autant stopper là et puis si ça se trouve s’apprécier autrement.

Audrey :

Oui c’est sure. La dernière étape est quand je suis rentrée un soir chez moi vers 19h – 19h30, j’étais exténuée mais vraiment exténuée, j’avais fait ma journée de travail, la semaine avait déjà commencée, la voiture, le trajet, en plus c’était une période un peu hivernale.

Michaël :

On est tous fatigué dans ces moments-là, l’ambiance est un peu morose.

Audrey :

Oui voilà, j’étais vraiment fatiguée. Je me rappelle m’être assise dans le canapé et je n’arrivais même pas à m’occuper de moi-même. J’étais dans le canapé, j’en pouvais plus et là la première pensée qui m’est venue c’était pour mes parents. Je me suis souvenue qu’eux aussi avaient une vie active prenante et que leur journée étaient difficiles. Ma mère rentrait souvent entre 18h – 18h30 voir 19 heures. Mon père ne rentrait pas avant 19h-19h30. Je me suis dit du coup qu’ils rentraient en même temps que moi, ils avaient un peu moins de route que moi mais en tout cas ils avaient des journées équivalentes aux miennes.

Je me suis souvenue qu’eux quand ils arrivaient à la maison, ils ne se posaient pas en fait, ils nous disaient « bonjour », ils regardaient nos devoirs, ils préparaient à manger, ils essayaient de savoir si notre journée c’était bien passée. Enfin prendre soin de nous. On mangeait et le seul moment où ils arrivaient à peu près à se détendre c’était devant la télé dans le canapé et encore moi je me rappelle étant petite faire des crises car je ne voulais pas aller me coucher donc ça trainait jusqu’à 22h-23h et ils ne se plaignaient pas ou en tout cas ils nous le montraient pas.

A ce moment-là j’étais tellement exténuée que je n’arrivais pas à m’occuper de moi-même que j’ai pris conscience de tout ce qu’ils avaient fait pour nous.

Michaël :

Tu as partagé leur expérience finalement et tu t’es rendue compte qu’effectivement c’était peut-être pas si facile que ça. Les expériences de chacun sont perçues différemment en fonction des personnes.

Audrey :

Oui et c’est là où je me suis dit qu’ils ont fait comme ils ont pu et dans tous les cas ils l’ont fait avec amour pour leurs enfants. Je n’ai peut-être pas reçu tout ce que j’avais besoin, toute l’attention que je désirais mais dans tous les cas ils sont toujours là pour moi.

 

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :